le texte de Marie-Agnès Charpin... ou presque

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Ceci n’est pas ...ce que l’on voit ...ce que l’on croit ...ou presque ...enfin peut- être !

 

Vadim Serandon prétend être un brontosaure, enfin, c’est ce qu’il affirme ! Je cite “Ichbineinbrontosor” (www. ichbineinbrontosor.net).

Alors qu’est - ce qu’un brontosaure ? Si ce n’est qu’un lézard géant d'Amérique du Nord de 20 m de long qui appartenait à  l’ère jurassique et passait son temps à manger des feuilles. Plus qu’un reptile, cet apatosaure est un boulimique!

 Effectivement, la ressemblance est frappante ! Vadim Serandon est aussi  un véritable boulimique et ça se voit ! Il se nourrit de la production humaine et plus particulièrement de la vanité de l’homme à exister. Il regarde autour de lui et se sert de tout ce qui semble commun et compréhensible au plus grand nombre d’entre nous. Il utilise les modes de communication, les  langages, les icônes, les mots, les images, des matériaux divers et variés, tous les médias, tous les thèmes mis à sa disposition, tous les concepts, tous les corps d’état (TCE) ou presque... Il conceptualise ses projets allant du jeu de mots, à l’acte politique ou social, en passant par une manipulation d’images, d’objets et de mots... pour produire des “analogies “.

L’image est la matière première de ses productions. Il produit des images à partir d’autres images. Même si les œuvres présentées dans l'exposition “ceci n’est pas ” sont principalement des volumes, des reliefs et des vidéos, elles n’en sont pas moins des images.  Elles renvoient à des images visuelles et mentales, vers ce qu’elles étaient et ce qu’elles deviennent, c’est à dire La  Référence.

V. Serandon démontre le rapport de ressemblance que l’image établit avec une autre chose, avec son référent. Elle est toujours image de quelque chose et ne se confond pas avec ce référent. Elle le reproduit, l’évoque, le qualifie. Elle en constitue la représentation. A nous, spectateurs, de la reconnaître. On comprend par-là qu’une image, une production peuvent apprendre à voir.

 V. Serandon est un révélateur plutôt qu’un créateur. Il  rompt avec la tradition et use de la manipulation des conventions de représentation. La série des  jeunes filles... et leurs perles montre des productions créées par un procédé de calcul de pourcentage qui consiste à  chercher la teinte moyenne du tableau de “la jeune fille à la perle“ de J. Vermer  et de s’approcher au plus prés de cette teinte en dosant correctement des références de RAL (norme de peintures industrielles).  Il en découle des pixels, des formes colorées qui deviennent une représentation impressionniste et abstraite à la fois. La reconnaissance de l’œuvre passe par une comparaison inconsciente entre ce qu’on voit et ce qu’on a déjà vu. On comprend qu’une image peut en cacher une autre ! Ainsi, pour rejoindre la manière de voir et de penser le monde de V. Serandon, j’ajouterai que la perception d’une image résulte donc d’une opération mentale complexe et ambiguë.

Si V. Sérandon détourne le sens des images, il détourne aussi le statut et la fonction des objets. En proposant des analogies et des proximités, il tente simplement de renommer les choses, paradoxalement, de participer au monde dans lequel il est et de s’en extraire aussi. La série des “ Valises” évoque des questionnements sur les rapports dichotomiques entre  contenant et contenu, entre fond et forme. Dans la filiation de Duchamp et par conséquent  du   ready-made, l’artiste ne se contente pas d’exposer ses objets manufacturés  tels quels, il s’en sert d’abord jusqu’à épuisement,  pour produire. Il se confronte aux règles qu’impose la fonction de l’objet (la valise en tant que moule), les difficultés techniques et matérielles, puis, il expose  l’ensemble. Le résultat est une confrontation entre la vanité de l’artiste à produire et celle de l’œuvre.

 

Iconoclaste, V. Serandon, comme Magritte et ses “Ceci n’est pas“, est un relais entre le monde consumériste et ses propres œuvres. Sa démarche suggère une interprétation qui déborde l’image et déclenche un discours intérieur, elle contraint le spectateur à un effort d’imagination et donne par conséquent, une valeur poétique, humoristique, ironique... à l’ensemble de son travail.

 

Vadim Serandon, concepteur TCE ( tous corps d’état ) ou presque, a toujours  un regard bienveillant, ému par la complexité de la beauté monstrueuse de la production humaine. Il soutient par sa fonction de regardeur une réflexion sur le conditionnement culturel, plus particulièrement sur “les appartenances et les cultures “. Par cette démarche, les images que produit Vadim Serandon, s’ajoutent à celles qui existent déjà  naturellement ou pas, et accompagnent ainsi l’histoire de l’humanité. N’est-ce pas la fonction d’une image ? Platon disait : “ J’appelle images d’abord les ombres, ensuite les reflets que l’on voit dans les eaux ou à la surface des corps opaques, polis et brillants et toutes les représentations semblables “.

 

 

Marie-Agnès Charpin

Commissaire d’Exposition

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